vendredi 13 avril 2012

Antigone de Sophocle - Théâtre National de Palestine


Œdipe, sans le savoir, a tué son père, épousé sa mère, Jocaste. De cette union, sont nés quatre enfants, deux jumeaux, Polynice et Eteocle et deux filles Antigone et Ismène. Quand Œdipe découvre la vérité, il se crève les yeux, la malédiction se perpétue ...

La pièce commence au moment où Antigone  vient demander à sa  sœur Ismène de l'aider à donner une sépulture à son frère Polynice. Ce dernier a marché sur Thèbes pour reprendre le pouvoir à Etécole; après une lutte acharnée, les deux frères ont succombé. .
 Parce qu'il a attaqué la cité, à la tête d'une armée étrangère, Creon Roi de Thébes refuse à Polynice une sépulture, livrant son corps aux chiens et aux vautours... Antigone brave le décret , elle  refuse de voir  la loi divine  céder devant la loi humaine  au caractère relatif et précaire.

Créon: Ainsi tu as osé passer outre à ma loi?
Antigone: car ce n'est pas Zeus qui l'avait proclamé. Ce n'est pas la justice, assise aux cotés des dieux infernaux; non , ce ne sont pas là les lois qu'ils ont jamais fixées aux hommes, et je ne pensais pas que tes défenses à toi fussent assez puissantes pour permettre à un mortel de passer outre à d'autres lois non écrites, inébranlable des dieux...

(....)

 Creon: L'ennemi même mort n'est jamais un ami.
Antigone: Je suis de ceux qui aiment non de ceux qui haïssent.

 Créon d'une colère noire la condamne à être emmurée vivante, et  reste sourd à toute défense...Il ne cède  ni devant son fils venu plaider la cause de sa fiancée, ni devant le messager de Dieu qui lui rappelle la loi ... Il découvre trop tard son erreur, il ne peut plus échapper à la malédiction divine, la mort l'entoure de tous cotés...

Sobriété du décor, costumes contemporains, superbement accompagnée par la musique du  trio Joubran, Antigone s'installe dans notre présent.On peut imaginer quel écho peut avoir cette pièce dans l'esprit de ces acteurs palestiniens. Elle parle de leur quotidien, nous sentons une intensité particulière dans les mots du poète grec, dit dans une langue inconnue pour nous, l'arabe par des hommes et des femmes confrontés quotidiennement à l'arbitraire et à l'injustice. Le message est sans ambiguïté, ne pas renoncer devant la raison d'Etat aux valeurs universelles de l'humanisme. Naître palestinien ne doit pas être une malédiction.

Antigone montre la voie: Résister. Dans un monologue poignant,elle exprime ses regrets de ne pas vivre ses joies de femmes, elle accepte la mort.

 Le texte est terrible, il glisse inexorablement vers la tragédie alors même que Sophocle propose des solutions, appelle au dialogue, au langage de raison, Creon reste sourd,  il devient un tyran fermé à toutes négociations. Au delà du problème des territoires palestiniens, les événements du printemps arabe montrent toute la puissance de ce texte, il traverse le temps, les frontières ... Dans toutes les périodes troubles de l'histoire, la figure d'Antigone reste une inépuisable source d'inspiration

"Quand la loi n'est pas juste, la justice doit passer avant la loi" avons nous mis en exergue de notre blog, reprenant là une phrase du dernier film de Jean-Luc Godard (dont on peut penser qu'il est allé se servir dans une de ses lectures, et plus surement chez Pascal), c'est là toute la problématique de la pièce de Sophocle.

C'etait un moment rare, chargé d'une émotion partagée entre acteurs et spectateurs, un grand moment de Théâtre ! Des acteurs formidables, une mise en scène de  Adel Hakim.


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